26 Juillet. La Dernière Bastille Cubaine. Jean-François Juillard et Zoé Valdés.

 

Cuba – 26 juillet

 

La dernière Bastille cubaine

 

Le 26 juillet 1953, une poignée de jeunes rebelles que l’on n’appelait pas encore les « Barbudos » (« Barbus ») prenait d’assaut la caserne de La Moncada, dans la province de Santiago de Cuba. Cette audace des frères Castro contre la dictature de Fulgencio Batista précédait de six ans le renversement de ce dernier. Le régime castriste n’a pas moins institué cette date comme le début de la Révolution, la première Bastille des « Barbudos », avant le débarquement du navire Granma en 1956 et l’entrée triomphale dans La Havane en 1959.

Cinquante ans plus tard, les nouvelles Bastilles cubaines auraient pour nom Combinado del Este, Kilo 5,5, Kilo 7, Kilo 8 ou encore El Guayabo. Autant de noms pour désigner le sévère maillage pénitentiaire où quelque 200 prisonniers, dont 24 journalistes, payent de leur liberté une autre audace : celle de penser différemment du régime castriste. Le dernier journaliste dissident emprisonné s’appelle Alberto Santiago Du Bouchet, de la petite agence indépendante Habana Press. Depuis le 18 avril 2009, à l’issue d’un procès expéditif et sans assistance d’un avocat, son nom est venu s’ajouter à la trop longue liste de ces fauteurs d’information non-officielle, donc interdite, qui coûte la prison. Dix-neuf d’entre eux, dont le correspondant de Reporters sans frontières, Ricardo González Alfonso, fondateur de la revue De Cuba, purgent depuis le « Printemps noir » de mars 2003 des peines parfois supérieures à vingt ans pour « espionnage ». A Cuba, c’est le Département d’orientation révolutionnaire, le service de censure et de propagande, qui décide ce qui est publiable ou non, vrai ou faux, autorisé ou « contre-révolutionnaire ». A Cuba, dernière dictature du continent américain, les libertés fondamentales d’aller et venir, d’informer librement, de s’associer et de voter selon ses convictions ne sont pas pour tout de suite. D’autres Bastilles à prendre…

Un maigre espoir semblait permis depuis la transition « raúliste » de 2006. Révolution a rimé avec concessions : au tourisme international, à la convertibilité monétaire, à l’ordinateur individuel, parfois à Internet mais sous contrôle, au téléphone portable, à l’habitat privé et depuis peu au travail indépendant (presse non comprise). Le 24 février 2008, la succession dynastique officielle de l’aîné au cadet offrait à Raúl Castro la présidence du Conseil d’État, l’exécutif national. D’élections libres points mais Cuba signait tout de même deux Pactes des de l’Onu relatifs aux droits de l’homme. Un peu plus tard, on allait parler d’égal à égal avec l’administration Obama, laquelle allégeait un embargo archaïque, mais si utile à la survie rhétorique d’un régime qui ne tient plus que par les mots. Ceux de Fidel, surtout.

Depuis ? Depuis rien. Les droits de l’homme attendront. La Bastille reste à prendre et le discours est le même. A Cuba, une dictature s’appelle une « révolution », une police politique prend le nom de « Police nationale révolutionnaire » et la répression se nomme « réplique aux activités contre-révolutionnaires ». La « révolution » est aujourd’hui vide de sens, mais elle fait écran. Elle permet de prolonger un mythe que presque tout le monde sait terminé mais sans oser toujours le dire. Cuba obtient l’annulation des sanctions européennes prises après le « Printemps noir » ? Cuba réintègre sans condition l’Organisation des États américains ? Cuba. Le régime chante les triomphes de la « révolution » tout en dénigrant ceux qui lui ouvrent les portes de la communauté internationale. La digue des droits de l’homme tarde à céder. Le carcan de la censure se lézarde au fil des informations distillées par des blogueurs et des journalistes dissidents sous très haute surveillance. Car à Cuba, un journaliste qui n’est pas en prison n’a de liberté que surveillée.  

 

Zoé Valdés, écrivaine

Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières

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