LA PISCINE MOLITOR. LAURE FARDOULIS.

laurefardoulis

Hace unos días estuvo la escritora francesa Laure Fardoulis en mi casa. Ella también pinta, y ha sido la que ha organizado las numerosas exposiciones de escritores que pintan, en las que he participado. Me trajo su primer libro, una novela titulada La Piscine Molitor (Éditions Joëlle Losfeld, 2000), hoy desaparecida, pero que fue un sitio mítico en los años 70. El lugar del que habla la autora fue el teatro de aventuras sentimentales y sensuales de toda una juventud. “Apogeo de la felicidad jamás reencontrada -dice la autora- la piscina, su portón desteñido debido al cloro, y los cuerpos cercanos tendidos al sol, en verano. Nos sumergimos en el corazón de los años 70, porque allí iban figuras legendarias de grandes actores americanos, nos íbamos luego a verlos al cine, todo eso bajo la música y los poemas de Jim Morrison.”

Ayer recibí este texto escrito por Laure Fardoulis sobre ese día de la visita a mi casa, muy amable de su parte, gracias, querida amiga:

Zoé — Le temps, cruelle poésie
Arrivée sur le palier, je me suis rappelé ce décor : une chaise pour les étrangers, un tableau au mur, et cette porte bariolée, d’un accueil si sympathique, qui s’est ouverte ; Zoé m’a entraînée au salon, où les toiles rivalisaient de flamboyance avec des objets posés, étapes vitales se détachant, étranges, dans la lumière irradiante. J’avais oublié son attention enfantine à l’autre, sa façon d’être naturelle, car, justement, ce n’était pas une façon. Elle était d’emblée : d’emblée attentionnée, d’emblée rigoureusement effacée, comme le suggérait sa tenue, dont elle n’avait cure, et qui signalait non pas l’intime – et pourtant si : de celles qui, modestes, dénoncent l’heure dominicale, peu tardive –, mais un renoncement face à l’amplitude de la fiction. Et Zoé était dans la fiction jusqu’au cou ! Ou plutôt, elle laissait place vacante, immense, à la fiction, et demeurait isolée, ailleurs, tant la charge était lourde.
Bien sûr, ponctuellement, elle pouvait être aussi dans l’ultra élégance. D’emblée.
Son effacement en effet, inverse à la beauté immanente du monde, confirmait son culte pour les mots, assez grands, eux, pour contenir le tout et sa propriété, aussi profonds que leur légende, leur prégnance…
Simple mortelle, Zoé pouvait évoluer en toute innocence, car sa légende à elle était prisonnière de ces mêmes mots lui restituant la liberté, celle légère des quasi-inconscients, celle enfin de ceux dont le destin était définitivement pris en charge par l’histoire, se racontant par-devers elle.
Par-devers elle, son exil,
par-devers elle, ses amours,
…et elle, immuable, prenait un café avec moi au milieu des objets fixés par la lumière.
Objets ! Non pas évoqué le « Cache-toi Objet ! » cher aux dadaïstes, mais plutôt le « Montre-toi Objet ! », et tel, incarnant ô combien le baroque de sa vie contée, fulgurances épanouies d’un jeune temps dans les rayons du noir soleil cubain, dans les alcôves bientôt en ruines des demeures en sursis où les couleurs plâtrées prendront sans vergogne la tangente pour s’abîmer, éclatées, sur les trottoirs de la Havane.
Courses nocturnes dans les avenues, pas intrépides au creux des jours, avant qu’un Révolutionnaire au Pouvoir anéantisse toute lumière. Sa colère à elle n’atteignait pas encore les mots… Comment y survivre ?
Là, dans le salon, cette petite lampe en bronze, avec un abat-jour représentant un paysage, lointaine ville portuaire, avec palmiers et grand voilier en partance. Quand l’ampoule l’animait, c’était comme si d’un coup se levait le jour.
Et l’Habanera à Paris se souvient :
“Un homme plus laid que tous ceux que j’ai vu,
attend une femme…”
C’est elle qui s’est envolée vers le vieux monde, exilée
laissant là-bas sa jeunesse dans les interstices du pouvoir, une jeunesse débridée, sexuelle, passionnelle, tandis qu’elle, elle allait devenir l’otage des villes étrangères.
Objets !
Objets symboliques, irrémédiablement défectueux dans leur magie.
Qu’importe ! Ils témoignent, comme si d’un coup se levait le jour.
Zoé, avant que je ne parte, a éteint le paysage et m’a offert la lampe.
Moi, j’étais figée. Et quand l’émotion me submerge, je n’ai qu’une envie : m’enfuir.
N’était-ce pas là d’ailleurs la problématique même de Zoé ? S’enfuir. Se débarrasser du trop-plein, tant invivable est l’impact d’un tel rapprochement avec l’abîme…
Puis Zoé évoluera telle un Elfe dans la descendance des mots – enfin éradiquées les émotions magnifiques et cruelles du temps.

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